Edito
Passée l'euphorie des primaires, où seul était nécessaire d'afficher un anti-Sarkozisme outrancier pour flatter les militants et surtout se garder d'avancer la moindre solution à la crise, les Socialistes, et plus particulièrement François Hollande, découvrent que les Français, eux, attendent autre chose d'un candidat, que de se réjouir des difficultés de notre pays.
Je suis choqué que la perte du triple A par la France ait été accueillie avec autant de satisfaction par les Socialistes. L'honnêteté intellectuelle aurait dû imposer aux Socialistes de dire que Standard and Poor a, dans sa décision, reconnu la qualité des réformes mises en œuvre par le gouvernement et sa bonne stratégie de réduction du déficit et de la dette. Ils auraient dû se féliciter que la France conserve son « Triple A » auprès des deux autres agences. Cette attitude irresponsable, faite de tumultes, d'analyses partisanes et mensongères de la situation, au mépris des intérêts de la France, n'a d'égal que le silence qui a suivi le maintien de la note « AAA » par les deux autres agences de notations (Moody's et Fitch).
Pour moi, il s'agit là d'une mauvaise nouvelle même si l'obstacle n'est pas insurmontable. La France, à mes yeux, comme à ceux du reste du monde, reste une valeur sûre pour les investisseurs et les marchés et apportent la preuve de notre capacité à rembourser la dette. La France continue à emprunter à des taux extrêmement bas.
Cette situation est cohérente car la perte du « Triple A » sanctionne davantage la gouvernance de la zone euro que la situation budgétaire de la France. Standard and Poor a d'ailleurs motivé sa décision par la situation de la zone euro, et non par des éléments spécifiques à la France, dont l’économie est solide, diversifiée et résistante. Une chose est certaine, tout ceci ne remet pas en cause la stratégie budgétaire et économique du gouvernement.
Aussi, la situation ne doit pas être dramatisée et la décision d’une agence de notation ne doit pas faire l’objet d’une exploitation politicienne, d'autant plus que ceux qui dramatisent sont d’ailleurs les mêmes qui se sont opposés à toutes les mesures de redressement des comptes publics et notamment la rgèle d'or contrairement aux autres socialistes Européens.
Pressé de toute part de présenter un programme qu'il n'a pas, François Hollande s'est lancé dans une réthorique d'un autre temps, en réutilisant les vieilles recettes qui ont failli et en n'hésitant pas, au passage, à renier les engagements qu'il avait pris lors des primaires.
Il est bon de noter que ceux qui reprochent à Nicolas SARKOZY de ne pas avoir pu tenir toutes ses promesses de 2007 à cause d'un contexte de crise sans précédent, sont les mêmes qui renient leurs engagements aussitôt qu'ils ont été pris.
Cette inconstance est inquiétante lorsque l'on prétend vouloir diriger le pays. L'élection présidentielle de 2012 doit se faire sur les propositions pour répondre aux défis du XXIème siècle. Notre pays doit affronter la complexité du monde et les solutions ne figurent dans aucune doctrine ni dans aucun cathéchisme, mais dans le courage d'aborder les vrais problèmes.
Les quelques propositions, que François Hollande a dévoilées de son programme, démontrent un reniement permanent et surtout ne vont pas dans le sens d'un renforcement de la compétitivité et d'une réduction des déficits, ce qui est inquiétant.
C'est ainsi que les 60.000 embauches dans l'Education Nationale, mesure phare durant les primaires, sont devenues aujourd'hui un simple redéploiement, auquel s'ajoutent 1.000 postes supplémentaires par an dans la police, la justice et la gendarmerie, sans pour autant préciser quelles sont les administrations dont les effectifs vont forcément diminuer pour permettre ces embauches à effectif constant.
Pareillement, le retour à la retraite à 60 ans, promesse faite à corps et à cris il y a moins d'un an, a fondu comme neige au soleil.
Créer une nouvelle niche fiscale pour financer le « contrat de génération » n'est pas conforme à son projet de vouloir supprimer les baisses de charges pour les entreprises.
Inscrire la loi de 1905 sur la laïcité dans la constitution, alors que le caractère laïque est déjà reconnu dans son Article 1, est surprenant, d'autant qu'il a refusé de voter l'interdiction du port de la burka lorsque ce texte laïque par excellence est venu au Parlement.
La même contradiction existe entre son nouvel engouement pour la notion de nation et sa volonté d'ouvrir le droit de vote, apanage de la nationalité, aux étrangers.
Vouloir offrir des tarifs les plus bas pour l'électricité en fermant les réacteurs d'EDF, est contradictoire, le coût de l'électricité produite par le nucléaire étant le plus faible de tous, cela impacterait par ailleurs les classes moyennes.
Sa proposition de doubler le plafonnement du Livret A dans le but d'améliorer le financement du logement social est la preuve de sa méconnaissance du sujet. Le logement social n'a pas un problème de financement, mais un problème de réalisation. En effet, la profession peine à recruter les professionnels du bâtiment qui leur manque pour réaliser tous les programmes immobiliers prévus. De plus, la forte demande de logements sociaux dans les zones urbaines et péri-urbaines se heurte à un manque de disponibilité foncière. C'est d'ailleurs pour cela que l'Etat met déjà à disposition, des communes ou des opérateurs sociaux, son patrimoine disponible ; j'en veux pour preuve la mise à disposition par l'Etat d'un terrain pour construire des logements sociaux dans ma commune.
Les Français ne sont pas dupes, ils ont compris que le discours du Bourget n'avait pas pour but d'éclairer les électeurs sur les solutions que la Gauche propose pour sortir de la crise mais uniquement celui de ne fâcher personne en faisant des propositions tout azimut, générant toujours plus de dépenses publiques et d'impôts pour les classes moyennes. François Hollande se veut tellement consensuel qu'il n'a même plus d'adversaire, hormis la finance. Les Français peuvent légitimement s'interroger pour savoir pourquoi alors il n'a pas soutenu la proposition
d'inscrire la règle d'or dans la Constitution comme la proposition mise à l'ordre du jour du G20 par le Présidentt de la République, d'instaurer une taxe sur les transactions financières. Comment peut-il vouloir un enseignement supérieur de qualité, après s'être opposé à la réforme de l'autonomie des universités et de « l'opération campus », défendre les créateurs et l'accès aux œuvres par Internet en ayant voté contre la Loi HADOPI.
La situation de l'économie mondiale et les difficultés de la zone euro imposent un changement total dans la manière d'aborder cette élection, on ne peut plus camper sur des postures et énoncer des poncifs, il faut de la clarté et du courage pour doter la France des moyens d'affronter le monde tel qu'il est.
L'avenir de nos enfants et notre modèle social sont en jeu.
Bien à vous.
Jean-Marc ROUBAUD,
Député du Gard,
Maire de Villeneuve lez Avignon.
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