Fin des travaux parlementaires à l'Assemblée Nationale le mardi 13 juillet 2010, reprise début septembre 2010.


Edito

     

La chute du communisme et la fin de la Guerre froide en 1991 ont ouvert la voie à la mondialisation. Il nous a été plus facile de nous persuader qu'on avait affaire à des difficultés passagères plutôt que d'affronter la réalité d'une société à réinventer où plus rien ne serait comme avant. La crise asiatique en 1997, la bulle Internet au début des années 2000, etc... sont venues démontrer que le monde était devenu un village et que les pays n'en étaient que les quartiers. Là encore, par facilité personne n'a souhaité admettre ce changement. Le séisme du 15 septembre 2008 avec la faillite de la banque Lehman Brothers et la crise économique mondiale qui l'a suivie nous ont rappelé la réalité dans laquelle nous devons vivre désormais qu'on le veuille ou non.

    L'interdépendance est devenue la règle :


  • Interdépendance entre les principales monnaies mondiales : la variation de l'une d'entre elles entraîne des déséquilibres dans l'ensemble des économies.
  • Interdépendance entre les marchés : aujourd'hui l'indice de confiance d'une université, la variation d'une monnaie ou l'endettement public d'un pays ont une influence décisive sur l'ensemble des places boursières du monde entier. Lorsque quelque chose se passe sur un point du globe les conséquences peuvent être rapidement mondiales.
  • Interdépendance entre les économies : l'économie est un vaste marché mondial d'échanges, dont la croissance bénéficie à tous, mais, à contrario, dès qu'une crise apparaît, elle a également des conséquences pour tous. La crise nous a montré combien nous étions interdépendants.

    Ces interdépendances des monnaies, des marchés, des économies, oblige l'Europe à se coordonner en mettant en place une gouvernance économique au sein de la zone euro, mais également à faire preuve de responsabilité dans la gestion de la dette publique des Etats partenaires.

    Je suis persuadé que nous sommes entrés dans une période test pour l'Europe, qui va déterminer pour longtemps son développement. Mettre en place une gouvernance économique dans l'euroland est peut-être le défi le plus sérieux auquel la construction européenne a été confrontée. Sous l'impulsion de Nicolas SARKOZY, un premier pas décisif vers cette gouvernance a été franchi à travers le vaste mécanisme de 750 milliards d'euros de prêts déblocables adopté pour aider les pays de l'Union qui auraient du mal à se refinancer. Aucun partenaire européen, qu'il soit petit ou grand, ne doit être abandonné à son sort. C'est cette solidarité qui permettra à l'Europe de sortir de la crise par le haut.

    Cependant cela implique que chacun des Etats-membres consente des efforts pour assainir ses finances. Pour notre pays, cela passe par l'augmentation des recettes, en revoyant la pertinence de certaines niches fiscales et par la diminution des dépenses en réduisant le train de vie de l'Etat. Le temps de la relance est passé, il s'agit maintenant de redresser les finances publiques. Comme tous les partenaires européens devront le faire, il faut que nous prenions des mesures justes et courageuses, et que l'on s'y tienne. C'est pourquoi la réduction du déficit public est une des priorités du gouvernement avec un objectif de retour à 3% en 2012.

    La réforme du système de retraite fait partie de ces mesures visant à pérenniser nos finances publiques. Alors que l'espérance de vie n'a cessé de croître, le coût des retraites s'est mécaniquement élevé. Le déficit des retraites, c'est au mieux 75 milliards, au pire 115 milliards, en 2050. Il est juste que chacun puisse bénéficier le plus longtemps possible du fruit de son travail, mais ça ne l'est plus dès lors que les générations futures ne sont pas assurées d'avoir le même droit.

    Il est clair que pour pérenniser notre système de retraites il faudra demander des efforts à tous les Français. Mais pour que cette réforme soit acceptée, elle devra être juste. Il va falloir augmenter l'âge de la retraite ainsi que la durée de cotisation tout en repensant le travail des seniors et en changeant les mentalités dans les entreprises à ce sujet. C'est incontournable. Cependant les choses devront être progressives et la pénibilité devra être prise en compte. Par contre, il n'est pas question de baisser le montant des pensions de retraite.

    Augmenter les cotisations sociales et patronales comme le préconise les socialistes serait une erreur et plomberait encore plus la compétitivité de la France. Le taux de cotisation retraite est déjà l'un des plus élevés d'Europe : plus de cotisation c'est d'abord plus de chômage, en particulier pour les moins qualifiés. Il peut être nécessaire d'augmenter tel ou tel prélèvement pour des raisons d'équité. Mais on ne règlera pas le problème des retraites en augmentant massivement les prélèvements des plus riches, même en leur prenant tout, on ne règlerait rien. Choisir l'immobilisme, c'est laisser nos emplois partir à l'étranger. Et sans emploi, qui pourra prétendre à une retraite décente? Sur ce dossier, il ne faut pas céder aux sirènes du populisme, il faut prendre ses responsabilités.

    La fierté de nos vieux pays ne doit pas nous faire oublier le savoir-faire et la compétitivité des pays émergents. Notre modèle social, qui n'en est plus un, ne doit pas nous obnubiler, il faut le moderniser, l'adapter pour éviter une catastrophe sociale qui aurait des conséquences inestimables sur les plus faibles d'entre nous.

    C'est notre capacité à réagir qui créera notre épanouissement demain : rester bloqué sur des dogmes (35 heures, retraite à 60 ans ...) nous conduirait à la ruine, tout le monde le sait, il faut le dire.

    Nous ne devons pas avoir peur de notre avenir, nous devons le construire dans un monde tel qu'il est. Les Français ont toujours su affronter les périodes les plus difficiles, aussi il nous faut nous rassembler pour faire gagner la France.

    C'est ce à quoi je m'emploie au niveau national comme dans le Gard Rhodanien, c'est comme cela que nous bâtirons un nouveau modèle capable d'apporter des richesses, de l'emploi pouvant ainsi maintenir une solidarité, exigence légitime d'un Etat démocratique, libre et égalitaire.


Très sincèrement.

Jean-Marc ROUBAUD,

Député du Gard 

Maire de Villeneuve lez Avignon.